Où vont les prises (et les luminaires)
Publié sur ElectroYou : lire l'article complet · La version anglaise de cette série paraît aussi en articles sur notre page LinkedIn — suivez-nous sur LinkedIn
Quatrième article de la série. Dans la troisième partie, les prises et les luminaires étaient déjà en place sur le plan, et c'est de là que nous avons déduit les circuits, les tableaux et le schéma. Ici, nous revenons un pas en arrière : comment décide-t-on où va chaque prise et chaque luminaire ? C'est la seule étape de tout le travail où l'on prend une vraie décision. Tout le reste se calcule.
1. La règle fixe le minimum, pas l'emplacement
Nous partons d'une règle simple, par type de pièce : cinq prises dans la cuisine, trois dans le séjour, deux par chambre, deux dans la salle de bains, une dans l'entrée, dans le cellier et sur le balcon, et un point lumineux au plafond de chaque pièce. C'est le même tableau qui a donné le nombre de circuits dans la troisième partie, et on ne descend jamais sous ce minimum. En France, la NF C 15-100 impose en outre un équipement minimal par pièce ; là où une telle norme s'applique, c'est elle qui prime. Nous ne signons pas de projets dans les pays où ces bâtiments sont construits : nous appliquons la règle et les conditions de raccordement du gestionnaire de réseau ; la vérification et la signature restent entre les mains de l'ingénieur responsable.
Mais la règle dit combien de prises, pas où. « Deux prises dans la chambre » vaut pour une chambre de neuf mètres carrés comme pour une de dix-huit, que le lit soit contre le petit mur ou contre le grand. Le nombre est fixé ; l'emplacement, non. Et c'est avec l'emplacement que les occupants vivront pendant trente ans.
2. Les murs disent où c'est possible, le mobilier où c'est nécessaire
Le premier filtre, ce sont les murs. Une prise se pose sur un mur : pas sur une fenêtre, pas sur une porte, pas sur un trumeau de trente centimètres, pas dans la zone de la salle de bains que l'eau peut atteindre. Grâce au plan lu dans la deuxième partie, nous savons où se trouvent les murs et les baies de chaque pièce. Nous savons donc où une prise peut aller — mais pas encore où elle est nécessaire.
Le second filtre, c'est le mobilier dessiné par l'architecte. Il n'apparaît pas sur le plan électrique, et pourtant il décide de tout. Le lit demande deux prises, une de chaque côté, à hauteur de la table de chevet. La table en demande une sur le mur le plus proche. Le mur de la télévision demande un groupe. Dans la cuisine, le plan de travail appelle une rangée de prises au-dessus, et chaque appareil encastré — plaque de cuisson, four, lave-vaisselle, réfrigérateur, hotte — son propre raccordement derrière lui. (Une sortie de câble est un point où un appareil est raccordé directement, sans fiche.) La salle de bains est différente : peu de prises, et à leur place des sorties de câble — chauffe-eau, lave-linge, extracteur, radiateur —, chacune à l'emplacement de l'appareil.
Réunis, les deux filtres donnent à chaque prise une raison visible sur le plan : celle-ci est là à cause de la table de chevet ; celle-là parce que le plan de travail s'arrête ici ; cette sortie de câble parce que le chauffe-eau est juste derrière. C'est le plan d'implantation des prises de la figure, pour un logement type de ce bâtiment. Les murs et le mobilier sont ceux de l'architecte ; les prises et les sorties de câble en découlent. Chaque symbole porte le repère de son circuit — le même que dans le tableau de la troisième partie.
3. Les habitudes décident des interrupteurs
Pour l'éclairage, la règle est plus simple : au moins un point lumineux au plafond par pièce, avec la protection que la pièce exige — luminaire ordinaire dans les chambres, protégé dans la salle de bains, sur le balcon et au sous-sol. Ce bâtiment en compte 366.
Ce sont les interrupteurs qui demandent des décisions. L'interrupteur se place à l'entrée de la pièce, côté poignée : la main le trouve avant que la porte soit complètement ouverte. Un long couloir se commande depuis ses deux extrémités, avec un va-et-vient à chaque bout ; le va-et-vient permet d'allumer et d'éteindre le même éclairage depuis deux endroits. Il en va de même pour un escalier, ou pour une chambre où l'on veut éteindre depuis le lit. Ce bâtiment compte 194 interrupteurs simple allumage et 72 va-et-vient. Le nombre de va-et-vient nécessaires ne figure dans aucune norme : il dépend de la façon dont on circule dans le logement. C'est encore du mobilier, au sens large : non pas les meubles, mais les parcours.
Voici le plan d'éclairage du même logement : un point lumineux par pièce, l'interrupteur près de la porte côté poignée, un va-et-vient là où la pièce a deux accès.
4. Les câbles suivent les murs
Une fois prises et points lumineux en place, un câble part du tableau du logement, près de l'entrée, pour chaque circuit. Le câble ne prend pas le chemin le plus court, mais le chemin le plus court le long des murs. Il passe encastré dans le mur, ou dans le plafond pour l'éclairage. Il tourne là où le mur tourne. Il passe d'une pièce à l'autre au-dessus de la porte, jamais en diagonale à travers la pièce. Dans la salle de bains, il respecte les mêmes volumes que les prises. Chaque circuit a un parcours principal le long du mur, d'où partent de courtes dérivations vers chaque prise. Il y a ainsi une saignée par mur, et chaque prise est desservie avec le moins de câble possible.
Sur le plan, le câble est dessiné là où il passera réellement : c'est le trait rouge le long des murs sur les deux figures. C'est important, car la longueur de chaque tronçon est mesurée, pas estimée, et cette longueur sert deux fois : pour vérifier la chute de tension vue dans la troisième partie, et pour établir le poste câbles du métré, dans la cinquième. Dans le logement type des figures, les câbles totalisent environ 45 mètres pour les prises et 47 pour l'éclairage. Sur l'ensemble du bâtiment, 3 235 et 2 978 mètres.
5. Le comptage, par type de pièce
Avec les trois filtres réunis — minimum, murs et mobilier —, le comptage des trente-huit logements donne ceci. Le minimum du tableau donne 564 prises et 250 points lumineux. L'implantation réelle donne 773 prises et 359 sorties de câble, soit 1 132 points au total, et 276 points lumineux. L'écart se lit pièce par pièce.
Séjours : minimum 117 ; 319 prises et sorties de câble posées, presque le triple. La télévision, la table et, dans quinze logements, la cuisine ouverte sur le séjour avec son plan de travail.
Chambres : minimum 162 ; 323 posées. Les deux côtés du lit, le bureau, le climatiseur.
Cuisines fermées : minimum 115 ; 140 posées. La rangée au-dessus du plan de travail et les appareils encastrés.
Salles de bains : minimum 120 prises ; 70 posées — mais avec 233 sorties de câble : chauffe-eau, lave-linge, extracteur, radiateur. La règle compte des prises ; l'implantation les transforme en sorties de câble. Le chiffre qui importe, c'est le nombre de points : 303.
Entrées, celliers et dressings restent au minimum : une prise chacun.
Le minimum dit combien de prises il faut au moins. Le mobilier dit combien il en faut vraiment. Entre 564 et 1 132, il n'y a pas de générosité : il y a le plan meublé, lu pièce par pièce.
6. La seule étape où l'on décide
Autant le dire clairement. Dans toute la chaîne — plan, liste des circuits, schémas des tableaux, implantation et cheminement des câbles, métré —, c'est le seul bloc où l'on prend une décision qui ne découle pas d'un autre. Le nombre de circuits découle du comptage. La section du câble découle de la charge. Le métré découle du dessin. L'implantation, non : elle découle du mobilier, et le mobilier est le choix de celui qui conçoit le logement.
C'est pourquoi le contrôle, ici, consiste à lire le plan meublé, pièce par pièce. Le lit est-il bien ici ? Est-ce bien le plan de travail ? Chaque prise a-t-elle sa raison d'être juste à côté ? Ce contrôle revient à l'ingénieur responsable. Nous préparons la planche pour qu'il se fasse d'un coup d'œil : le mobilier reste visible sous les prises, et chaque prise porte le repère de son circuit.
La prochaine partie est la dernière, et elle porte sur le métré : le comptage de cette partie devient quantités et désignations. On y verra qu'un métré tiré du dessin n'est pas un travail de plus : c'est une question posée au modèle.